Système Aquifère du Sahara Septentrional

(Algérie, Libye, Tunisie)

SASS

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Personne en charge de la pratique innovante :

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Le Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS) partagé par l’Algérie, la Libye et la Tunisie, est un bassin qui couvre une superficie de près d’un million de km et dont les ressources en eau sont peu renouvelables 2. Dans l’objectif d’asseoir un développement durable dans la région, l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) a mené, dans un passé récent 1999-2015, des études à travers trois projets (SASS I, SASS II, et SASS III). Le projet SASS, qui a démarré en 1999, a donc atteint la troisième phase de sa mise en œuvre. Après avoir approfondi la connaissance de la ressource lors des phases précédentes (aspects hydrologiques et hydrogéologiques), la troisième phase s’est intéressée aux usages de l’eau (principalement agricoles) et, plus généralement, aux aspects socio-économiques et environnementaux liés aux pratiques d’irrigation dans le bassin.

Figure 1 : Le Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS).

Ces études ont permis une meilleure connaissance hydraulique du système, la mise en place d’un système d’information commun et l’instauration d’un mécanisme de concertation permanent entre les trois pays. En outre, ces études ont mis en exergue le fait que le développement sous sa forme actuelle notamment agricole basé sur l’offre, est source de risques liés aux coûts de mobilisation de l’eau et à sa salinisation ainsi qu’à la dégradation de la qualité des sols. Elles ont aussi apporté un éclairage sur le manque d’efficience de l’irrigation et la faible valorisation de l’eau. Cette situation risque de s’aggraver dans le futur compte tenu de la croissance des besoins et des impacts liés aux changements climatiques. Enfin, ces projets ont permis de produire des recommandations opérationnelles pour une agriculture durable avec une préservation des ressources en eau et en sol.

Entité responsable

L’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) est une organisation à caractère international qui opère dans les zones arides, semi-arides, sub-humides et sèches de la région Sahara-Sahel. Créé en 1992, l’OSS est établi à Tunis, en Tunisie, depuis 2000. L’OSS compte parmi ses membres 26 pays africains, 13 organisations, et 3 organisations non-gouvernementales. L’OSS initie et facilite les partenariats autour des défis communs liés à la gestion partagée des ressources en eau, à la mise en œuvre des accords internationaux sur la désertification, la biodiversité et le changement climatique dans la région du Sahara et du Sahel.

Les principales actions portées par l’OSS sont : 

  • La mise en œuvre des accords multilatéraux sur la désertification, la biodiversité et le changement climatique ;
  • La promotion des initiatives régionales et internationales liées aux défis environnementaux de l’Afrique ;
  • La définition de concepts et l’harmonisation d’approches et de méthodologies en rapport avec la gestion durable des terres et des ressources en eau, et le changement climatique.

L’OSS s’appuie nécessairement sur la transmission des connaissances, le renforcement des capacités et la sensibilisation de toutes les parties prenantes.

Les activités et les projets de l’OSS sont financés respectivement par les contributions volontaires des pays membres, et par les subventions et les dons provenant des partenaires au développement. Grâce à des mécanismes de gouvernance efficaces et à une équipe compétente, multiculturelle et multidisciplinaire, l’OSS apporte une contribution à haute valeur ajoutée dans le paysage institutionnel international et africain.

Explication détaillée

Différents développements ont été réalisés dans le cadre du projet SASS selon les différentes phases : 

SASS I

La phase I a consisté en une amélioration des connaissances hydrauliques du système aquifère. Concrètement, cela s’est traduit par : (i) la création d’une base de données commune comportant plus de 9 000 points d’eau ; (ii) le développement d’un modèle hydraulique de gestion pour évaluer les impacts des prélèvements sur la ressource ; et (iii) la mise en place d’une structure de concertation au niveau technique.

SASS II 

La deuxième phase du projet SASS avait pour but d’atteindre les objectifs suivants : (i) la réalisation de deux sous-modèles (Biskra et Bassin occidental en Algérie) et du modèle de la Djeffara tuniso-libyenne ; (ii)    l’établissement d’un diagnostic sur les pratiques agricoles ; et (iii) la mise en place d’un Mécanisme de Concertation au niveau institutionnel entre les trois pays dont l’unité de coordination est hébergée par l’OSS.

SASS III

nappes du fossé Rhénan

La phase III comprend deux composantes. La composante socio-économique visait à décrire le fonctionnement des exploitations agricoles et le comportement de l’usager principal à savoir l’irrigant. Elle a permis de dresser un état des lieux quantitatif et qualitatif de l’agriculture irriguée sur l’ensemble du bassin. Après concertation entre l’OSS et les partenaires des trois pays, treize zones ont été initialement choisies pour leur représentativité des problématiques agricoles, environnementales et économiques constatées à travers le bassin. Au final dix zones ont fait l’objet d’investigations. Sur les dix zones d’enquête, un échantillon de 3000 exploitations a été retenu sur la base de plusieurs critères assurant sa représentativité, dont, notamment, la proportion des surfaces irriguées, la taille des exploitations et le type d’accès à l’eau. Deux campagnes d’enquêtes ont été menées sur cet échantillon (4139 enquêtes sur 4500 prévues). Le questionnaire de l’enquête a été élaboré sur la base de douze thématiques couvrant aussi bien les aspects quantitatifs que qualitatifs de l’activité des irrigants. Dans l’objectif de mettre à la disposition des décideurs un outil approprié capable de les aider à concevoir et à mettre en œuvre les politiques de développement agricole à travers le SASS, un modèle hydro-économique a été développé. C’est un outil qui intègre explicitement le calcul économique au cœur de la gestion des ressources en eau en évaluant les biens et services générés par les différentes utilisations agricoles de cette ressource ; il permet de simuler des scénarios sur une base chiffrée et adéquatement quantifiée. Ce modèle hydro-économique a été conçu et rendu opérationnel grâce aux données globales et micro-économiques récoltées ainsi qu’aux résultats obtenus à partir de l’analyse quantitative. Son application est possible de façon régionale ou locale à l’intérieur du bassin. Le modèle dont l’objectif est de maximiser le revenu de toute l’activité irriguée sous des contraintes économiques et hydrauliques appropriées, permet d’obtenir pour tout scénario construit : (i) le volume maximal à pomper de l’aquifère, et (ii) le revenu maximal dégagé. En fonction des résultats obtenus, le preneur de décision en la matière pourra ainsi asseoir sa politique sur le scénario qu’il privilégie.

Pour la composante pilotes de démonstration agricole, six pilotes de démonstration, représentant quatre problématiques principales de l’agriculture saharienne, ont été sélectionnés en étroite collaboration avec les institutions en charge de la gestion de l’eau dans les trois pays. Les problématiques traitées concernent : (i) la pénurie d’eau ; (ii) la salinisation des eaux ; (iii) l’inefficience de l’irrigation ; et (iv) la dégradation de la qualité des sols.

Figure 3 : Carte de localisation des sites pilotes de démonstration agricole.

Perspectives d’évolution

Les perspectives sont de continuer à pérenniser la pratique, et d’arriver à inverser la tendance de raréfaction de la ressource en eau, mais le processus impliquant trois pays différents est long.

Cadre institutionnel

Les parties prenantes du projet sont l’OSS en tant que maître d’ouvrage du projet. La première phase du projet SASS a été réalisée avec l’appui de la DDC Suisse, du FIDA, de la FAO, de l’UNESCO et de la GIZ. La seconde phase a été réalisée avec l’appui de la DDC Suisse, du FFEM (France), du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), de l’UNESCO et de la GIZ. La troisième et dernière phase a été réalisée avec l’appui du FFEM et du FEM.

Cadre géographique

Le SASS est un aquifère profond partagé entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Le SASS désigne une superposition complexe de nappes dont deux principales couches aquifères sont logées dans deux formations géologiques différentes : le Continental Intercalaire (CI ou l’Albien) et le Complexe Terminal (CT). Le SASS s’étend sur un million de km² et renferme des réserves d’eau considérables mais peu renouvelables et qui ne sont pas exploitables en totalité. La situation de surexploitation, confirmée par le modèle mis en place par le projet SASS de l’OSS, a exposé le SASS à des risques accrus de salinisation des eaux, de disparition de l’artésianisme, et de tarissement des exutoires. La zone SASS couvre des régions allant des zones désertiques (avec une pluviométrie annuelle <100mm et une évapotranspiration >3000mm) aux zones arides (avec une pluviométrie annuelle de 100-200mm et une évapotranspiration de l’ordre de 2000-2500mm).

 

Historique

Années 1950-1960 : La Tunisie et l’Algérie ont constaté une baisse de pression dans leurs ouvrages hydrauliques.

Années 1970-1980 : Projet ERES, pour l’étude des ressources en eau du Sahara Septentrional.

De 1999 à 2002, une première étude a été menée, dans les limites naturelles du bassin, qui était jusque-là appréhendé à l’échelle nationale ou dans le cadre de collaborations bilatérales. En 2003, de nouvelles études de consolidation des connaissances sur les aspects hydrauliques et des diagnostics agricoles ont été lancées. Elles ont apporté un éclairage sur le manque d’efficience de l’irrigation, la faible valorisation de l’eau et la dégradation de la qualité des sols. Ce constat a mis en évidence la fragilité et la non-durabilité des systèmes de culture prévalant dans le bassin du SASS. En 2006 et à la suite d’un processus mené par l’OSS durant les phases d’études antérieures, les trois pays ont mis en place un cadre de gestion commune, le Mécanisme de Concertation, avec pour mission de mener une politique concertée de gestion durable des eaux souterraines à l’échelle du bassin. La surexploitation du Système, avec les risques environnementaux et socio-économiques que cela implique, a conduit les pays à s’accorder sur des objectifs de maîtrise de la demande en eau, d’amélioration de sa productivité et de protection de l’environnement. Les efforts se sont concentrés sur le secteur agricole, qui est le plus important usager des eaux souterraines dans le bassin. En 2009, l’OSS a engagé la troisième phase du projet. Cette troisième phase du projet SASS a permis d’élaborer des recommandations pour la mise en œuvre d’une stratégie de gestion durable des terres et des ressources en eau souterraine sur l’ensemble du bassin.

Preuve des avantages

Le projet SASS a permis de réaliser des économies d’eau significatives jusqu’à 45%, et de mulitiplier les revenus des exploitants par 10.

Volet socio-économique

Le nombre considérable d’exploitations enquêtées a permis d’ouvrir le champ d’une connaissance du comportement des usages et des usagers de l’eau agricole dans les trois pays du SASS. L’analyse des données a permis de quantifier l’impact de la salinisation sur la productivité de l’eau et l’effet du prix de l’eau sur sa consommation. L’apport considérable de la composante socio-économique a été, d’une part, de permettre une lisibilité de la viabilité de l’exploitation lorsque la qualité de l’eau se dégrade et de donner des indicateurs économiques simples qui doivent alerter les décideurs. D’autre part, l’étude a mis en exergue l’importance des facteurs structurels pour la viabilité des exploitations agricoles. Elle a surtout souligné l’importance de l’organisation sociale de l’exploitation (implication de la main-d’œuvre familiale, niveau d’instruction des exploitants, expérience dans l’irrigation, combinaison agriculteur/éleveur) en tant que facteur déterminant dans la productivité de l’eau. La composante « socio-économie » a montré qu’il était possible de valoriser l’eau durablement sous réserve de prendre en compte les facteurs déterminants du comportement de l’exploitant : qui consomme l’eau, dans quel ordre et de quelle manière. Dans cette démarche, il a également été montré que dans le SASS, les usagers principaux de l’eau étaient les agriculteurs disposant d’un accès individuel par forage privé. Cette catégorie d’agriculteurs est aussi celle qui produit le plus de richesses au m3 d’eau. La productivité de l’eau relativement élevée des « privés » tiendrait au fait que payer l’eau suscite chez l’exploitant un plus grand souci d’efficience.

Pilotes de démonstration

Cette composante avait une orientation principalement agro-environnementale, cependant, il est important de souligner qu’une approche sociale innovante réalisée dans la concertation et la participation multi-acteurs a contribué à l’atteinte des objectifs. Les agriculteurs, en tant que décisionnaires principaux, se sont fortement impliqués dans la réalisation des travaux dans une synergie exemplaire avec les institutions de recherche partenaires. Les pilotes ont démontré qu’il était possible de convaincre les agriculteurs d’adopter des modes de gestion des eaux et des sols durables, notamment une irrigation plus efficiente. Ils ont aussi prouvé aux agriculteurs, de manière concrète, qu’il leur était possible de mieux valoriser l’eau tout en préservant l’écosystème.

Le fait de convaincre de manière pragmatique et avec une pédagogie de proximité a fait que les agriculteurs étaient prêts à payer l’eau d’irrigation et à investir pour une meilleure efficience. C’est la perception de la valeur de l’eau qui a changé pour les agriculteurs. Les pilotes ont favorisé le dialogue entre les agriculteurs et accompli un rôle de vecteur de vulgarisation agricole et de diffusion des innovations. D’autre part, ils ont facilité l’acceptabilité sociale des innovations. Ces dynamiques sont prometteuses et peuvent permettre de revitaliser l’intérêt pour l’agriculture irriguée dans certaines régions à travers le bassin. La composante « pilotes de démonstration agricole » a ouvert la voie vers une amélioration des conditions de vie des agriculteurs, une stabilisation des populations et une meilleure conservation de la ressource.

Potentiel de reproduction dans la région SUDOE

Les principaux facteurs de réussite du projet ont été d’arriver à un consensus entre les trois pays pour faire face à cette problématique. D’autre part, l’appui d’une structure comme l’OSS : à l’écoute des pays et de leurs besoins permet d’encourager la meilleure gestion de la ressource transfrontalière. On note également dans ce projet une forte implication de la société civile. Même si le projet a pu bénéficier de subventions (chaque année, chaque pays cotise à hauteur de 30k€), une des problématiques soulevées est le manque de moyens financiers pour la partie terrain. Des moyens humains sont dédiés à la gestion quotidienne de cette pratique, notamment des unités des coordinations pour organiser les ateliers de formations, des ateliers de l’eau. Ce type de projet présente également un fort potentiel de reproduction pour des problématiques de gestion transrégionales des ressources en eau.

Points-clés de la méthode innovante

  • Mécanisme de concertation entre pays
  • Pédagogie de proximité avec les agriculteurs
  • Acceptabilité sociale
  • Approche socio-économique

Remerciements

La pratique innovante a été suggérée par Yvan KEDAJ (Aqua-Valley) et Abdel Kader DODO, Lamine BABA SY, et Nabil BEN KHATRA (OSS) ont participé à l’entretien.

References

OSS (2003). Système Aquifère du Sahara Septentrional : Hydrogéologie, volume II. ISBN : 9973-856-00-7

OSS (2003). Système Aquifère du Sahara Septentrional : Modèle mathématique, volume IIII. ISBN : 9973-856-02-3

OSS (2008). Système Aquifère du Sahara Septentrional : gestion commune d’un bassin transfrontalier. ISBN : 978-9973-856-31-9

OSS (2015). Pour une meilleure valorisation de l’eau d’irrigation dans le bassin du SASS. Diagnostic et recommandations. https://www.riob.org/fr/file/287377/download?token=xJ5UvckF – consulté en ligne le 17 janvier 2022.

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Description et objectifs du projet

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